Mais le comte de Warfusée ne joua pas qu’un rôle à Gaesbeek. En effet, il n’est autre que le commanditaire de l’assassinat du bourgmestre de Liège Sébastien Laruelle qu’il fit occire en sa maison de Liège, place Xavier-Neujean, le jeudi 16 avril 1637 après Pâques, lors d’un dîner. M. de Renesse, comte de Warfusée, fut lui-même écharpé et lynché deux jours après l’exécution de Laruelle par le peuple de Liège. Le château de Gaesbeek, sans doute hérité par une des filles du comte de Warfusée, brûla en 1684.
En 1687, le gigantesque territoire des Renesse fut cédé en vente publique en quatre lots. Les acheteurs seront Jean-Paul L’Escornet (qui reprit Gaesbeek...), Jean-Charles Roose (Coloma), Jacques Fariaux (OLV-Lombeek et Strytem) et Louis-Alexandre Schockart (Itterbeek, Dilbeek, SM-Bodegem et Walcourt). En 1695, Schockart qui avait été fait comte de Tirimont le 31 mars 1690, racheta le premier lot, soit Gaesbeek, alors que le château venait d’être bombardé par les soldats du maréchal de Villeroy. C’est à ce moment que la demeure perdit en partie son aspect de cour fermée; en 1714, le fils Schockart fit abattre ce qui restait de l’aile sud. C’est aussi le fils Tirimont qui acheta le château de Boetfort à Melsbroeck et qui releva Aigremont.
En 1796, suite au mariage d’Henriette Schokart de Tirimont avec Paul, marquis Arconati-Visconti, maire de Bruxelles, le bien entra dans cette famille du Nord de l’Italie, chassée de ses terres par les Autrichiens.
Enrichis sous le premier Empire, les Arconati sauvèrent le domaine parce qu’ils en héritèrent, tout comme de l’hôtel ING, place Royale à Bruxelles (vous aurez remarqué le romantisme de l’appellation) et de la Maison du Roi sur la Grand-Place, toujours à Bruxelles. À Gaesbeek, la marquise Marie (depuis 1873 mais veuve dès 1876) restaura ce qui devait l’être. Les travaux eurent lieu entre 1887 et 1898, avec l’appui de l’architecte Charle-Albert, dont le château personnel érigé en 1869 croupit à Boitsfort depuis des lustres. Charle-Albert était à en croire Carlo Bronne, fils d’une lavandière de Schaerbeek et d’un soldat du Premier Empire.
En 1921, Marie Peyrat (1840-1923), épouse du marquis Giammartino Arconati-Visconti, dont la famille possédait la superbe villa Balbianello, à Lenno près de Côme, décida d’offrir son domaine de 40 hectares à l’Etat belge. Marie Peyrat était très proche de Gambetta et soutint toute l’intelligentsia française de la IIIe république. Il faut dire qu’elle était la fille d’un journaliste de gauche qui fut quand même vice-président de l’Assemblée nationale française. Elle était une sorte de princesse Mathilde (Bonaparte) du Payotenland et son père avait pour amis Clémenceau, Louis Blanc, Edgard Quinet et Louis Ampère. Depuis 1924, le château est devenu un musée d’une grande richesse historique à visiter en toute priorité. Le parc est lui aussi admirable. On y cultive le raisin (chardonnet) et mille belles plantes.
Visites très souhaitées. Tél. 02 5324372 (+32 2 5324372) au château ou à l’Office du Tourisme 02 3764436 (+32 2 3764436).
Lire : Carlo Bronne, Le Soir, 9 octobre 1980