Après lui, le bien entra en possession de l’homme d’affaires Dujardin-Dansaert, mais pas pour longtemps car le « Sainte-Anne » fut acquis avec 6 hectares par Charles Waucquez (1851-1920) qui vint habiter la résidence dès 1902 avec son épouse Gabrielle Idiers (1863-1956). Quelques années passèrent et bientôt leur vint l’idée de déplacer le château de quelques mètres afin de se trouver dans l’axe de la rue. On rasa donc la maison et on offrit au patrimoine bruxellois l’édifice que l’on voit toujours avec une joie renouvelée. Charles Waucquez, issu d’une famille de négociants de tissus originaire de Quévy-le-Grand, n’était pas n’importe qui. C’est en effet lui qui commanda en 1903 les bâtiments pour ses magasins de tissus de la rue des Sables à Bruxelles à l’architecte Victor Horta. C’est là que se trouve le célèbre Centre Belge de la Bande Dessinée. Horta acheva le chantier en 1906. Art nouveau du côté public et commercial, tradition et classicisme du côté privé, voilà qui mon-tre l’ouverture d’esprit du commanditaire. Charles et Gabrielle eurent deux filles : Germaine (Mme Max Pastur) et Marguerite (Mme Charles Claes).
Mme Waucquez se sépara de corps de cette grande demeure suite au décès de Charles. Elle l’a prêta à son petit-fils Jacques Pastur, né en 1911. Il sera major aviateur et commandant de l’École de pilotage de Gossoncourt et de la Place de Tirlemont. En juillet 1944, il avait convolé en justes noces avec Mlle Bowling-Harvey (1925-1992). Jacques était le fils de Max (1878-1930) et de Germaine Waucquez (1884-1958). Max Pastur et son épouse vivaient au château de
Jodoigne. Cet édifice est devenu depuis la maison communale de la ville brabançonne. Mais Max Pastur possédait aussi le château de Beaulieu à Lathuy, incendié par les Allemands le 3 septembre 1944, sans compter son hôtel bruxellois du 143 rue Belliard. La majorité de ces biens furent vendus à la mort de Marguerite décédée sans hoirs 24 heures après sa mère Gabrielle. Le 23 décembre 1959, les Pastur, neveux de Marguerite qui hérita pendant 24 heures de sa mère, se défirent du château Sainte-Anne en faveur de l’État via le ministère de Affaires étrangères pour payer de leur tante les droits de succession prohibitifs. Et à chaque génération, l’arnaque qui disloque des patrimoines, grands ou minuscules, se reproduit. Les pouvoirs publics louèrent la bâtisse à l’a.sb.l. Maison Européenne de Val Duchesse. Finalement en 1996, l’État, incapable de tenir son rang, se défit du bien mis depuis en société. Il est désormais géré par les 2 200 membres du club et l'a.s.b.l. majoritaire.
Le château tout en pierre blanche est étiré sur sept travées et monte sur deux niveaux. Il est posé sur un épais soubassement de pierre bleue à jours. Les trois travées centrales de la façade d’accès sont en ressaut et précédées par un large perron que l’on atteint à pied par le contournement du bassin dont la margelle est en pierre bleue, ou bien en automobile en suivant le chemin asphalté. Depuis la pièce d’eau, le château apparaît dans sa majesté derrière un haut mur percé de baies circulaires à guirlandes. Cinq effets d’eau animent le large panneau de soutènement des degrés. Ces jeux sortent de quatre dauphins et de la bouche d’un dieu barbu couronné d’une coquille. Sa tête repose sur des roseaux et ses cheveux servent d’accroches à deux guirlandes de lauriers. Le jet tombe dans une autre coquille à glaçures. Les baies du château sont en plein cintre au rez et séparées par des pilastres à refends. Au second niveau, elles sont rectangulaires, sommées de panneaux plats à guirlandes. Entre les fenêtres, se trouvent des pilastres à chapiteaux ioniques. Un entablement puis une corniche à modillon supportent une galerie aux fuseaux baroques. Ceci permet de dissimuler une toiture presque plate. L’avancée des travées centrales est compensée à l’arrière par des travées axiales en retrait. Ceci permet d’isoler les deux travées latérales qui produisent un effet de tour. Leur singularité est renforcée par des frontons pignons. On appréciera encore le garde-corps en fer forgé qui sépare les deux niveaux. En largeur, l’édifice compte cinq travées. Le parc compte encore un petit pavillon de quatre côtés à pans arrondis et une orangerie de briques et pierre blanche. Le Sainte-Anne est, on le voit, par son élégance le pendant de la Solitude. Les influences versaillaises sont évidentes.
Accès réservé aux membres du Club International Château Sainte-Anne. Le château se voit de la rue. Tél. 02 6602900 (+32 2 6602900).