Point névralgique, Antoing offrait aux seigneurs du « Trou d’Antoing » une vue imprenable sur la plaine menant de Tournai à Mons. Les terres descendaient jusqu’à l’Escaut. Le parc domine toujours le cours d’eau. Une partie des bois a été entamée par la percée de la ligne TGV. Les mentions d’une seigneurie remontent, pour les plus anciennes, au XIe siècle. Antoing relevait alors de la baronnie de Pamele, près d’Audenaerde. L’abbaye de Lobbes était toutefois le plus important propriétaire dans cette contrée. La montée en puissance des seigneurs d’Antoing, qui donnèrent des prévôts de Douai et des châtelains de Gand, finit par coûter cher au chapitre de Lobbes; bientôt il se trouva totalement dépourvu de biens sur Antoing. Au XIVe siècle, Antoing entra dans la Maison de Melun. Depuis, le domaine est resté dans la descendance des Melun sans jamais être vendu. Les Melun étaient proches de la cour de France et de la cour de Bourgogne. Ils étaient seigneurs du
Biez, à Péruwelz, dont il reste quelques bribes au cœur de la petite cité. Le
Biez leur venait des Werchin, tout comme Fagnolles. En 1477, Jean de Melun prit parti pour la France contre Maximilien d’Autriche. Cela valut à la commune et à ses alentours d’être rançonnés et détruits. On reconstruisit et cela permit de recevoir avec faste Henri VIII, roi d’Angleterre. En 1581, Pierre de Melun soutint les États Généraux contre les Habsbourg. Cela amena la dislocation de la forteresse, qui n’avait pas cent ans, sur ordre de Marguerite de Parme.
Entre-temps, Charles-Quint, bon prince, pour qui les Melun comptaient, fit de Hughes en 1541 le nouveau prince d’Épinoy. Il était châtelain de Bapaume, baron d’Antoing, de Rosny et de Boubers. Une des filles d’Hughes épousa ici en 1565 Florent de Montmorency, gouverneur de Tournai et du Tournaisis. Le 25 octobre 1565, de nombreux hauts et puissants seigneurs réformés (dont les Marbais de
Loverval; les Merode de Waroux et de
Leefdael; les Berghes de Dolhain...) se réunirent dans le donjon, puis ensuite à Bruxelles, Spa, Bréda et Hoogstraeten. Cette première réunion allait aboutir au « Compromis des Nobles ». Celui-ci, écrit sans doute par Jean de Marnix ou son frère Philippe, sera signé en mars 1566 par plus de 2 000 nobles protestants ou sympathisants catholiques agacés par la tyrannie de l’Escorial, en l’hôtel du comte de Culembourg, seigneur de Ternath. Ce palais se trouvait à l’emplacement de la caserne Albert au Petit-Sablon à Bruxelles. Philippe II et son acolyte le duc d’Albe, poussés par l’Inquisiteur et donc par Rome, firent des milliers d’exemples. Hughes de Melun fut fait prisonnier à Simancas et y périt étranglé. Philippe de Montmorency, comte de Hornes, perdit sa tête en compagnie de Lamoral d’Egmont sur la Grand’Place de Bruxelles. Le marquis de Berghes (Jean IV de Glymes) fut empoisonné. Et Pierre de Melun, maître d’Antoing, fut privé de ses biens. Par ordre du roi, les domaines passèrent à son frère Robert de Melun puis à sa sœur Marie de Melun, épouse de Lamoral Ier de Ligne.
La présence de Lamoral à Antoing n’a dû surprendre personne. Les barons de Ligne, par l’entremise de Michel Ier, avaient déjà conclu un mariage au XIVe siècle avec les Antoing; il s’agissait de Anne, dame de Briffeuil. Leur descendant, Lamoral (1563-1624), sera le premier prince du nom de Ligne (1601). Fils de Philippe et de Marguerite de Lalaing, il était troisième comte de Ligne, baron de
Belœil, prince de Mortagne, etc. Il devint par effet de son mariage, souverain de Fagnolles (en 1609 seulement), marquis de Roubais, comte de Néchin et baron d’Antoing. Lamoral épousa le 7 septembre 1584 Marie de Melun. Elle était la fille d’Hughes, déjà cité et mort à la bataille de Doullens en 1553, et de Yolande de Barbançon, dite de Werchin. Marie, issue des Luxembourg, Albret, Foix et Rochechouart etc..., reçut donc les biens considérables de sa mère desquels ses frères Pierre et Robert ne profitèrent point. Ce Robert de Melun avait eu la belle idée de convoler avec Anne Rollin, dame d’Aymeries. Elle était l’héritière du chancelier Rollin dont la mère était une Bourbon, dame de Duisant, Robertsart et autres lieux. Rollin, c’est ce personnage peint par Van Eyck dont le tableau est à Bruges. Les obligations royales provoquèrent au siècle suivant des procès immenses qui durèrent plus de vingt ans. Les Melun finirent par récupérer la plus grande part de leurs biens.
Antoing ne fut pas affecté par ces affaires où les millions volaient, ni par la Bataille de Fontenoy (mai 1745), pourtant si proche. Les Ligne gardèrent Antoing quand d’autres retournèrent aux Melun. Les Ligne actuels d’Antoing sont les descendants d’Eugène, à qui on proposa le trône de Belgique, dont la mère était Louise van der Noot de
Duras, baronne de Carloo (ceci explique la présence de l’avenue de Ligne à Uccle). En trois ans, Eugène fut deux fois veuf, de Mélanie de Conflans d’abord puis de Nathalie de Trazegnies. De sa troisième épouse, Hedwige Lubomirska naquit entre autres Charles (1837-1914), époux de Charlotte de Gontaut-Biron (1852-1933). Ils vécurent aussi en leur hôtel, 50 rue Royale à Bruxelles. De ceux-ci, vint Henri qui allait convaincre Charlotte, princesse de La Trémoïlle, des ducs de Thouars, princes de Tarente et de Talmond, dernière de son illustre nom, de partager sa vie. Ils étaient les grands-parents du propriétaire actuel.