Le temps est passé sur Écaussinnes, vaste localité du Hainaut au double visage. Dans le village, trône un imposant castel; c’est le château haut, demeure ancestrale des Lalaing, Croÿ et autres van der Burch, sauvé en ce début de XXe siècle par le chanoine Puissant, de Mons. Au nord de la commune, se trouve l’autre maison seigneuriale, le château bas, dit « La Follie », « fief » des comtes de Lichtervelde. Ils le reçurent par le mariage d’un des leurs, Gontran, avec une marquise de Rodes, dernière de son nom, lorsqu’elle décéda en 1920.
Les marquis de Rodes étaient nés Lopez Rodriguez d’Evora y Vega. Ils furent de puissants négociants anversois d’origine portugaise et séfarade, établis chez nous au XVIe siècle. Les Lopez s’éteignirent entre autres chez les Lichtervelde et les comtes d’Ansembourg. Ils possédèrent notamment, outre « La Follie », les châteaux toujours existants d’Oosterzele, de Dikkelvenne et de Beerlegem.
Des vues anciennes montrent que cette maison fut un château fort de plaine bordé de toutes parts par la Sennette et précédé d’une virile barbacane. Des fouilles encore récentes ont permis de fixer précisément les contours de cet avant-poste. L’ensemble castral était disposé en retrait d’un corps de logis en U de deux niveaux dont il ne reste qu’une aile dans laquelle prend place une petite tour de guet haute de 23 mètres. Le rez était alors occupé par une très élégante galerie. Les seize arcades en anse de panier subsistantes reposent sur d’admirables et fines colonnes prismatiques gothiques. Aujourd’hui, elles abritent des véhicules divers et sont closes par de grandes portes de bois. Le château proprement dit a été transformé de multiples fois et ses fossés furent asséchés. Des XVe et XVIe siècles, la bâtisse conserve la tour-porche de quatre niveaux, la cour carrée dans laquelle se déroulent les concerts du festival annuel fixé au mois de juillet. La charmante chapelle Saint-Christophe qui borde un de ses côtés avait été désirée par Françoise d’Argenteau, descendante directe des Enghien. Françoise était l’épouse de Bernard Ier d’Orley. Les décors renaissants de la demeure et de la chapelle, sont dus à leur bru, Isabeau de Witthem, fille d’Henri, seigneur de Beersel et d’Yssche, épouse de Bernard II d’Orley.