S’il est un château important en Wallonie, c’est bien celui d’Havré. Par son histoire et la puissance des seigneurs qui le fréquentèrent pendant de nombreux siècles, il est l’alter ego du château de
Grimbergen en Brabant flamand ou d’
Alden Biesen dans le Limbourg. Ses six cents ans d’histoire sont peuplés de gens illustres (Van Dijck, Rubens, la reine de France Marie de Medicis, le duc de Marlborough, le prince Eugène de Savoie, la reine Marie de Hongrie vécurent ici), de faits épiques, tragiques ou heureux. Son rôle politique fut indéniable. Au jour d’aujourd’hui son rôle culturel devrait être majeur, or Havré n’est qu’une sorte d’immense fantôme décharné. Le château est pourtant animé par des gens chaleureux, intelligents et enthousiastes, regroupés depuis 1978 en une association : « Les Amis du Château du Duc d’Havré ».
Ce château en ruine, classé depuis 1936, est la propriété de la province du Hainaut. Elle l’avait acheté au fameux chanoine Puissant, déjà sauveteur du château d’Ecaussines-Lalaing. Cela fait bientôt septante ans que les pouvoirs publics contrôlent ce site jadis admirable, sans y avoir jamais rien entrepris. Havré vit au ban de la culture hennuyère alors qu’il devrait en être le fleuron. Question de choix politique, on le devine. Le château fut aux princes de Croÿ, de 1518 à 1919. On constate en lisant la littérature abondante au sujet de cette illustre maison que son état permettait encore de la sauvegarder intacte avant 1930. La province n’en faisant rien, le castel s’écroula au fur et à mesure des pillages dont il fut l’objet. Il y a vingt ans, l’île sur laquelle est posé le château était une sorte de forêt sauvage.