D’après Xavier Raguet, Léopold Ier contracta pas moins de 520 actes notariaux pour acquérir bois et terres entre 1837 et 1865. Voilà qui devait faire de son fils un émule dans l’esprit d’achats forcenés. Si le roi Léopold Ier fit ériger en ces lieux un joli manoir, Léopold II ne voulut point s’en satisfaire. Il allait doter Ardenne d’un véritable palais de style Beaux-Arts. Le pavillon de son père fut détruit en 1875. Le château, conçu sur les plans de Balat était achevé en 1891.
Le château offrait 4.175 m2 habitables, sur deux niveaux placés sous une bâtière mansardée couverte d’ardoises. Le château était érigé en T, sur deux niveaux. Le massif central était constitué de onze travées dont trois pour le petit avant-corps qui, lui, s’élevait sur trois niveaux. La façade donnant sur la cour était limitée à ses angles par des fausses ailes d’une travée sous frontons triangulaires soutenus par des piliers à refends. Du côté du parc, l’architecte avait installé deux tours d’angles coiffées de très belles toitures à bulbes campanulées de style mosan du XVIIe siècle. Elles surmontaient une élévation agrémentée de bandeaux en pierre blanche. Une galerie couverte menait aux deux ailes perpendiculaires dont l’une possédait deux tours d’angle carrées. Le bâtiment annexe était en contrebas. Il avait été imaginé par l’architecte Chambon et construit entre 1897 et 1898; il était à peine moins prestigieux que son voisin. Construit en équerre, il s’ouvrait par dix travées sur ses faces longues et sept sur ses petits côtés. Les lucarnes y alternaient de leur sommet en frontons triangulaires ou en arcs surbaissés. Plus de mille lampes à incandescence illuminaient château et annexes.
Contre toute attente, le roi décida en 1897 de convertir ce qui ne sera jamais devenu une résidence royale, en un hôtel de luxe. Ardenne devint le pendant de celui qu’il contrôlait à Ostende, mais ici le roi ne touchait qu’une location. Le preneur était la Compagnie Internationale des Grands Hôtels. Le château comptait dans ce premier temps 140 chambres. En 1927, leur nombre était passé à 200. Elles étaient d’un luxe incomparable, avec salles de bains, chauffage central, eau courante et téléphone dans chacune d’elle. Le restaurant était lui aussi de grande qualité. En 1909, le roi défunt laissait à la Donation Royale un domaine de 4.200 hectares. Quelques centaines avaient été utilisées par Laîné, paysagiste français, pour dessiner un parc à l’anglaise. Laîné avait travaillé à Laeken et Balat de même; mais fallait-il l’écrire ? Le parc fut alors doté de diverses fabriques, de fontaines, de bassins, d’une glacière et de sculptures dont celles de la cour et celles qui sont du côté de la terrasse étaient sorties des ciseaux du maître Vinçotte. Le mobilier de jardin a été transféré à Laeken après 1968. Il existait un chenil et la maison du garde, nommée « La Flige », non loin de l’entrée.
On ne visite pas. Le golf, d’où les vues sur les vallées de la Lesse et de son affluent l’Ywoigne sont splendides, est un territoire privé.