Cette demeure est un des douze châteaux du royaume construit sous la féodalité à n’avoir jamais été vendu. Corroy de par son ancienneté peut se regarder avec vénération; il doit se déguster comme une friandise même si son apparence n’a rien de sucré. Mais c’est pour notre pays la cerise sur un gâteau.
Plus qu’ailleurs, l’histoire du comté de Namur tient ici un témoignage tangible de ses hauts faits, face aux puissances voisines du Brabant et de Liège. « Corroy , écrivait M. Ubreghts, est une grande collégiale, sa valeur testimoniale est superlative et unique ». Certes, mais pourquoi ne pas comparer ce vaisseau à une cathédrale puisque de tout temps le château fut aux mains de très hauts et puissants seigneurs, proches cousins – quand ils n’en étaient pas eux-mêmes membres – des cours européennes ?
Le plus ancien seigneur connu fut Baudouin, seigneur d’Orbais, en 1095. Sa descendante Aléide allait épouser Guillaume de Brabant, seigneur de Perwez (Grimbergen). Deux générations plus tard, Marie de Brabant épousait le comte Philippe de Vianden, fils de Henri, marquis de Namur et de Marguerite de France-Courtenay, elle-même fille de Pierre, empereur latin de Constantinople. Le cousinage avec Paris allait sans doute justifier une lointaine filiation stylistique entre le vieux Louvre et Corroy.
Puis le temps passa et les alliances s’en allèrent vers l’Est et le Saint-Empire. À la fin du XIVe siècle, Elisabeth de Sponheim, fille de Simon et de Marie de Vianden épousa d’abord le comte Engelbert III de la Marck dont la mère était née Clèves. En secondes noces, elle convola avec Robert comte palatin du Rhin, fils de l’empereur Robert de Bavière et d’Elisabeth de Hohenzollern-Nuremberg. Faute d’une descendance, le bien passa à un cousin, Jean V, comte de Nassau-Dillenburg.
Ensuite, Corroy fut repris par le fils aîné de Jean V, prénommé Henri III (1483-1538).
Henri III s’est marié à quatre reprises dont une première fois secrètement avec Elisabeth de Rosembach. Il en vint un fils prénommé Alexis qui se vit offrir la seigneurie par son demi-frère René de Châlon, prince d’Orange, fils dudit Henri III et de Claude de Châlon. Claude était la fille de Jean II, prince d’Orange et de Philiberte de Luxembourg.
De ce bâtard qui fut gouverneur de Mouzon puis légitimé en 1545 par Charles-Quint, est issue toute la lignée des comtes de Nassau-Corroy qui conservera Corroy jusqu’au dixième marquis de Trazegnies, Gillion, fils d’Eugène et de Marie-Victoire de Rifflart, marquise d’Ittre. Les Trazegnies sont propriétaires de ces murs antiques depuis 1809. Leur dynastie avait été remise en selle par la germanique baronne Eléonore von Bode, jeune et riche veuve dans la trentaine, qui épousa in illo tempore à Vienne le grand-père de Gillion de Trazegnies, Philippe-Ignace, officier dans un régiment hongrois, à l’époque le seul rejeton Trazegnies restant.